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The spirituality of the Shikoku pilgrimage: walking together

On peut faire le tour de Shikoku pour le sport, pour les paysages ou pour la cuisine. Mais le pèlerinage des 88 temples reste d’abord une démarche spirituelle, vieille de plus de mille ans. Nul besoin d’être bouddhiste pour la vivre : il suffit de se mettre en chemin. Voici quelques clés pour comprendre ce qui se joue, pas à pas.

Dōgyō ninin : on ne marche jamais seul

Sur le bâton du pèlerin, le kongōzue, sont inscrits quatre caractères : 同行二人, dōgyō ninin, « nous voyageons à deux ». Le second voyageur, c’est Kōbō Daishi (Kūkai), le moine qui, selon la tradition, a fondé le pèlerinage. Il accompagne chaque pèlerin, surtout dans les passages difficiles, où de petits panneaux rappellent la même formule.

Le bâton le représente. On le traite donc avec respect : on lui lave le pied à l’arrivée au temple et le soir, et on ne s’appuie pas dessus en traversant un pont, car Kōbō Daishi dormait parfois sous les ponts et l’on ne veut pas troubler son sommeil.

Quatre provinces, quatre étapes intérieures

Les quatre provinces de Shikoku sont lues comme quatre dōjō, quatre lieux d’entraînement de l’esprit :

Ce découpage n’est pas une règle : chacun vit le chemin à son rythme. Mais beaucoup de pèlerins reconnaissent, après coup, ces quatre temps dans leur propre marche.

La tenue blanche : enterrer l’ancien soi

Le pèlerin se reconnaît de loin à sa veste blanche, le hakui (ou byakue). Au Japon, le blanc est la couleur du deuil : en le portant, on exprime la volonté d’enterrer son ancien « moi » pour renaître. Au dos est écrite la formule 南無大師遍照金剛, Namu Daishi Henjō Kongō, un hommage à Kōbō Daishi.

Le chapeau de paille conique, le sugegasa, protège de la pluie et du soleil. L’étole, le wagesa, forme simplifiée du vêtement des moines, marque que l’on accomplit une démarche religieuse : on l’enlève pour manger ou aller aux toilettes. Rien n’est obligatoire, mais cette tenue change le regard des habitants sur vous, et peut-être aussi votre regard sur vous-même.

Les gestes au temple

À chaque temple, les mêmes gestes reviennent, et leur répétition finit par apaiser :

  1. On salue à la porte (sanmon) avant d’entrer.
  2. On se purifie au chōzuya : la main gauche, la main droite, puis la bouche.
  3. Au pavillon principal (hondō), on dépose un osamefuda, petite fiche où l’on écrit la date, son nom et son vœu ; on allume une bougie et de l’encens ; on récite le sutra du Cœur (Hannya shingyō).
  4. On refait de même au pavillon de Kōbō Daishi (daishidō).
  5. Enfin, on reçoit au nōkyōsho le sceau rouge et la calligraphie du temple dans son carnet, le nōkyōchō.

La couleur des osamefuda dit le nombre de tours accomplis : blanc pour les premiers, puis vert, rouge, argent, or, et brocart au-delà de cent pèlerinages.

L’osettai : savoir recevoir

Sur le chemin, des inconnus offrent au pèlerin une bouteille d’eau, un fruit, quelques pièces, parfois un repas ou un toit pour la nuit. C’est l’osettai, une très vieille coutume. L’usage veut qu’on ne le refuse pas : en donnant au pèlerin, l’habitant participe lui aussi au pèlerinage, et c’est un peu à Kōbō Daishi qu’il donne. En retour, le pèlerin offre un osamefuda.

La légende d’Emon Saburō rappelle l’importance de ce don. Riche et avare, il avait repoussé un moine mendiant, qui n’était autre que Kōbō Daishi. Frappé de malheurs, il partit à sa recherche et fit vingt fois le tour de Shikoku. Au vingt et unième tour, fait en sens inverse, il tomba malade près du temple 12 Shōsan-ji : c’est là que Kōbō Daishi lui apparut et lui accorda son pardon. On le considère comme le premier pèlerin.

Tombe d’Emon Saburō près du temple 12
La tombe d’Emon Saburō, sur le chemin du temple 12 Shōsan-ji.

L’épreuve du chemin

Certains passages portent un nom qui dit tout : henro korogashi, « là où le pèlerin tombe ». On les trouve sur le chemin des temples 12, 20, 21, 27, 60, 66, 81 et 82. Le pèlerinage à pied est un véritable shugyō, un entraînement où le corps et l’esprit avancent ensemble. La fatigue, les ampoules, la pluie font partie du chemin : c’est souvent là que l’on comprend pourquoi on est venu.

Boucler le cercle

Au temple 88, Ōkubo-ji, on célèbre le kechigan, l’« accomplissement du vœu ». Pourtant, beaucoup considèrent que le chemin n’est pas fini : ils retournent au temple de départ pour remercier, c’est l’orei-mairi, ou montent au Kōya-san, près d’Osaka, se recueillir au mausolée de Kōbō Daishi.

Le pèlerinage forme ainsi une boucle. On revient au point de départ, mais on n’est plus tout à fait la même personne : le chemin s’achève là où il a commencé. Voir aussi : du temple 88 au temple 1, boucler le pèlerinage.

Et aujourd’hui ?

Les pèlerins d’aujourd’hui viennent pour mille raisons : un deuil, un tournant de vie, une retraite, le simple désir de marcher longtemps. Les temples accueillent tout le monde, croyant ou non, à pied, à vélo, en bus ou en voiture.

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